En tant que pôle touristique majeur, notre capitale commence à ressentir sérieusement la pression du secteur de l’hébergement de courte durée de type Airbnb sur son marché du logement.

C’est surtout la Ville de Bruxelles qui est touchée par ce phénomène, avec près de 2200 appartements loués sur Airbnb, soit plus de 70% des biens annoncés sur la Région bruxelloise. Pour lutter contre cela, un plan d’action a été approuvé par le collège de la Ville de Bruxelles afin de limiter le développement de ces hébergements touristiques illégaux dans le centre-ville. L’objectif est de remettre 1000 logements sur le marché locatif bruxellois d’ici la fin de la législature communale.

Airbnb est devenu un business important : « dans la plupart des cas, il ne s’agit plus du particulier qui loue sa chambre – à la base de l’esprit Airbnb qui signifie air bed and breakfast – mais de professionnels qui achètent des maisons entières voire plusieurs blocs d’appartements et les louent ensuite via des plateformes de location touristique », explique l’échevine à l’Urbanisme Ans Persoon. « La plupart des villes sont confrontées à un manque de logements. Or, le développement de la location touristique contribue à ce déficit car celle-ci est plus rentable que la location classique ».

Souvent illégales, ces habitations provoquent une hausse des prix de l’immobilier en raison de leur disparition du marché locatif traditionnel, avec pour conséquence un déséquilibre entre l’offre de logement pour les Bruxellois et les touristes. A en croire l’échevine socialiste, certaines rues du centre-ville se sont complètement vidées au cours des dernières années. « On voit notamment que dans la zone Unesco, beaucoup de logements ont été rénovés mais en même temps que les revenus de l’impôt des personnes ont diminué dans cette zone », avance-t-elle comme preuve.

De surcroit, en plus de nuire au tissu urbain, ces immeubles-Airbnb entrainent une dégradation du lien social entre voisins ainsi qu’une dégradation de la propreté publique non négligeable, les résidents temporaires étant rarement au fait des jours de sorties des poubelles.

Un instrument urbanistique

Aujourd’hui, la location d’un Airbnb n’est pas illégale mais c’est une pratique régulée par la Région au travers d’une ordonnance votée en 2014 et appliquée depuis 2016. Il est notamment obligatoire pour l’hôte de se domicilier sur place, et c’est en principe à la Région de s’assurer du bon respect du cadre légal de cette ordonnance. Or, poursuit Ans Persoons, « la plupart des logements Airbnb à Bruxelles sont illégaux et ne répondent pas à l’ordonnance bruxelloise sur les logis de tourisme ».

Cependant, les communes disposent également d’autres leviers qui n’ont jusqu’à maintenant pas été suffisamment exploités pour mettre face à leurs responsabilités les professionnels de l’hébergement touristique en sous-marin. En effet, il existe une règle en matière d’urbanisme, malheureusement peu contrôlée, qui stipule qu’on ne peut en aucun cas supprimer des logements sur des parcelles qui sont dédiées à cet effet au PRAS (le Plan Régional d’Affectation du Sol). La ville de Bruxelles a donc décidé de créer au sein de l’inspection communale une cellule de contrôle spécialement dédiée aux logements Airbnb. Il s’agit d’ouvrir deux postes à temps plein pour des fonctionnaires chargés uniquement de faire la chasse aux hébergement illégaux. La ville entend mettre à l’amende les propriétaires dans l’illégalité pour les pousser à remettre leurs biens en location sur le marché traditionnel. Le montant des amendes pourrait aller de 250 à 100.000 euros.

Un outil fiscal

La commune entend aussi faire pression d’un point de vue fiscal en renforçant sa collaboration avec le Service des Finances. En effet, un immeuble de logement qui aurait été entièrement converti en unités d’hébergements touristiques temporaires peut tout à fait être soumis à la taxe communale sur les logements vides. « On a déjà eu un cas d’expulsion qui s’est avéré probant et où le propriétaire visé a cédé à la pression, et a remis son bien sur le marché locatif traditionnel », assure Ans Persoons.

Le bourgmestre Philippe Close ajoute que « notre ville doit être attrayante au niveau touristique, mais ne peut pas aller à l’encontre de la qualité de vie de nos habitant(e)s. Grâce à ce nouveau plan d’action, nous pouvons réagir de manière structurelle en luttant contre la disparition de logements privés du marché locatif traditionnel et en mettant fin à cette concurrence déloyale sur le marché de l’hébergement touristique ». À bon entendeur.


Par Raphaël de Witte, Property manager Gestimax

 

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