Garantie locative en : ce que tout propriétaire wallon doit savoir pour éviter les pièges

Le CRI n°503 - Avril 2026
Garantie locative en : ce que tout propriétaire wallon doit savoir pour éviter les pièges

La fin d'un bail est souvent le moment le plus délicat de la relation bailleur-locataire. C'est là que s'accumulent les incompréhensions, les tensions et, trop fréquemment, les erreurs de part et d'autre. La garantie locative — ce montant constitué pour couvrir d'éventuels manquements du locataire — concentre une part importante de ces litiges.

Le décret wallon du 15 mars 2018 relatif au bail d'habitation, entré en vigueur le 1er septembre 2018 encadre cette matière de façon précise. Retour sur une sureté bien indispensable.

Les trois formes de garantie locative (art. 62 du décret)

L'article 62 du décret wallon relatif au bail d’habitation prévoit trois mécanismes distincts. Point essentiel souvent méconnu : le choix appartient au preneur, non au bailleur. D’autre part, depuis le décret modificatif du 19 mai 2023, entré en vigueur le 1er juin 2023, le plafond est uniformément fixé à deux mois de loyer, quelle que soit la forme choisie.

a) Le compte individualisé au nom du preneur

Le locataire verse le montant sur un compte bancaire ouvert exclusivement à son nom. Ce compte produit des intérêts qui lui reviennent. La libération de la garantie ne peut intervenir que sur accord écrit des deux parties ou sur décision du juge de paix (art. 62, §1er). Le bailleur ne peut en aucun cas procéder à un prélèvement unilatéral : une telle démarche, même lorsque les dommages sont réels et chiffrés, est illicite en la forme et expose le propriétaire à une restitution immédiate avec intérêts.

Précision importante : si la garantie a été constituée sur un compte appartenant au propriétaire, le locataire peut exiger les intérêts sur garantie à la fin du bail.

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b) La garantie bancaire

La banque se porte caution pour le locataire, à hauteur de deux mois de loyer maximum (depuis juin 2023). Cette formule permet au preneur de constituer progressivement la garantie. La libération suit les mêmes règles strictes : accord amiable ou copie d'une décision judiciaire. Le bailleur qui souhaite faire valoir ses droits doit adresser sa réclamation motivée à l'institution financière, pièces justificatives à l'appui.

c) La garantie via CPAS et institution financière

Cette troisième voie, résultant d'un contrat-type entre un CPAS et une institution financière, est conçue pour faciliter l'accès au logement des ménages à revenus modestes. Elle est de plus en plus sollicitée. C’est le CPAS qui conclut un contrat avec l’institution financière et verse ensuite le montant de la garantie locative. Pour le bailleur, c’est souvent le CPAS qui devient son interlocuteur à ce sujet.

L'état des lieux : le socle indispensable (art. 27 et 28 du décret)

L'article 27, §1er du décret impose aux parties de dresser un état des lieux d'entrée détaillé, contradictoirement et à frais communs (s’il y en a). Il doit être annexé au contrat de bail et enregistré avec lui. Sans cet état des lieux, l'article 28, §1er pose une présomption sévère : le preneur est réputé avoir reçu le bien dans l'état où il se trouve à la fin du bail. Autrement dit, sans état des lieux d'entrée, le bailleur se prive de tout recours pour les dégradations.

L'état des lieux de sortie (art. 27, §4) peut être requis par chacune des parties. Si le locataire le refuse, le bailleur a intérêt à saisir le juge de paix par requête (dans l’idéal avant la remise des clés). Le juge désigne alors un expert.

La comparaison entre l'état d'entrée et l'état de sortie ne peut viser que les dégradations imputables au preneur. En vertu de l'article 28, §2, le locataire doit rendre la chose telle qu'il l'a reçue, sauf ce qui a péri ou été dégradé par vétusté ou force majeure. Sont nécessairement exclus de toute réclamation :

  • L'usure normale résultant d'un usage conforme et raisonnable du bien

  • La vétusté des équipements, appréciée en fonction de leur durée de vie normale

  • Les réparations réputées locatives causées uniquement par la vétusté, qui restent à charge du bailleur (art. 8 du décret)

Focus : la grille wallonne de vétusté — un outil indicatif, pas une norme absolue

En février 2024, le Gouvernement wallon a approuvé une grille indicative de vétusté, élaborée par le Centre d'études en habitat durable de Wallonie (CEHD). Elle couvre 40 postes de travaux répartis en cinq catégories (chauffage, électricité, menuiseries, revêtements, sanitaires) et propose, pour chacun, une durée de vie théorique et un taux d'abattement annuel.

Il est essentiel de bien saisir la portée de cet outil : il s'agit d'une grille indicative et non contraignante. Le juge de paix conserve un pouvoir souverain d'appréciation. La grille est à double tranchant : elle permet d'objectiver les dommages réels, mais elle fournit aussi au locataire un argument pour contester des réclamations disproportionnées. Correctement utilisée, elle peut au contraire légitimer et sécuriser une retenue partielle sur la garantie.

La libération de la garantie : agir avec diligence

Le décret wallon du 15 mars 2018 ne fixe aucun délai légal précis au-delà duquel la garantie devrait être intégralement restituée. L'article 62 organise simplement deux voies : l'accord amiable entre parties ou la décision du juge de paix. C'est donc le juge qui, en cas de litige, apprécie si le bailleur a agi dans un délai raisonnable compte tenu des circonstances.

Cette absence de délai légal ne signifie pas que le propriétaire peut temporiser indéfiniment. Plusieurs raisons commandent d'agir avec promptitude :

  • Le locataire peut saisir le juge de paix en libération de garantie. Le bailleur silencieux prolonge inutilement le litige et risque des frais supplémentaires

  • Les devis et factures doivent être réunis et chiffrés avec soin : des réclamations vagues ou tardives sont régulièrement réduites par les juridictions

  • Un courrier recommandé adressé rapidement au locataire, récapitulant les postes de dommages, permet de formaliser les prétentions du bailleur et d'éviter toute ambiguïté

Point de vigilance : dans les situations où le locataire ne laisse aucune adresse après son départ, le bailleur a intérêt à conserver la preuve de toutes ses démarches. En l'absence d'accord amiable, la saisine du juge de paix reste la seule voie légale.

Accord amiable ou procédure judiciaire ?

L'article 62 du décret est clair : la garantie est libérée soit par accord écrit signé des deux parties, soit par production d'une décision du juge de paix. Il n'existe aucune autre voie légale. En pratique, la négociation amiable reste la solution à privilégier : elle est plus rapide, moins coûteuse, et préserve la relation entre parties.

Le juge de paix du lieu de situation du bien est compétent. Il dispose d'un large pouvoir d'appréciation. Il peut réduire les montants réclamés, tenir compte de la vétusté, de la durée d'occupation, de la qualité de l'état des lieux. Il peut aussi condamner le locataire à indemniser des dommages qui dépassent la garantie.

Point de vigilance : toute clause contractuelle dans le bail autorisant le bailleur à prélever unilatéralement la garantie en fin de bail est réputée non écrite. Cette nullité s'applique même si la clause a été librement consentie. Le bailleur qui passe outre s'expose à la restitution de la somme prélevée et à une condamnation aux frais.

Récapitulatif pratique

CHECK-LIST DU PROPRIÉTAIRE — FIN DE BAIL

  • Vérifier que le contrat de bail est enregistré et que l'état des lieux d'entrée y est annexé (art. 27 du décret)

  • Organiser l'état des lieux de sortie contradictoirement AVANT la remise des clés (art. 27, §4 et §5)

  • Si le locataire refuse : saisir le juge de paix par requête AVANT la remise des clés

  • Comparer précisément état des lieux d'entrée et de sortie : ne retenir que les dégradations locatives réelles

  • Distinguer dégradations locatives / usure normale / vétusté — consulter la grille indicative de vétusté (2024)

  • Chiffrer les réparations avec devis ou factures : les réclamations non étayées sont réduites ou rejetées

  • Adresser sans tarder un courrier recommandé au locataire récapitulant les dommages constatés

  • En cas d'accord : accord écrit signé des deux parties + instruction de libération à la banque ou à l'organisme

  • En cas de désaccord : saisir le Juge de Paix du lieu du bien (JAMAIS prélever unilatéralement — art. 62)

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Conclusion

La garantie locative est un mécanisme très utile et encadré par les articles 27, 28 et 62 du décret wallon du 15 mars 2018. Elle n'est pas un droit automatique du propriétaire : elle suppose un état des lieux rigoureux, une évaluation honnête des dommages réels — en distinguant scrupuleusement dégradations locatives et vétusté — et le respect des voies légales de libération. La grille indicative de vétusté est un outil utile, à condition de le manier avec discernement. L'absence de délai légal de restitution ne dispense pas d'agir avec diligence et méthode. En cas de désaccord, le juge de paix reste le seul recours.

Cet article n'est valide qu'à la date où il a été publié.
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