La crise du logement en France

Le CRI n°479 - Décembre 2023
La crise du logement en France

Deux récents éditoriaux du très connu et apprécié économiste François LENGLET, qui peut être écouté tous les jours à 7h37 sur RTL France et très fréquemment sur TF1, évoquent la situation en France qui n’est pas très éloignée d’ailleurs de celle que nous vivons et vivrons en Belgique.

Dans le premier édito sur ce sujet qui date du 28 septembre dernier, il fait état des récentes études relatives à l’Hexagone et suivant lesquelles il y a de moins en moins de logements à louer, soulignant que cette pénurie s’explique par les nombreuses difficultés que rencontrent les propriétaires.

Les trois-quarts des agences immobilières françaises constatent une baisse du nombre de biens à louer, en diminution de 34 % par rapport à l’année précédente.

Certaines régions sont particulièrement touchées, soit celles où les emplois sont nombreux, les métropoles en particulier, avec une situation très critique dans la région Provence-Côte d’Azur.

Nous ne nous étendrons pas sur les chiffres néanmoins très intéressants qu’il donne.

La demande de location augmente en raison des difficultés d’achat, dont nous connaissons les causes, mais aussi en raison du fait que les propriétaires-bailleurs consentent de moins en moins à louer leur bien.

Pour que François LENGLET revienne à huit jours d’intervalle sur ce sujet, il faut croire que cette situation le préoccupe particulièrement.

Il met en évidence les difficultés des propriétaires, qui sont confrontés à toute une série de désagréments, citant le plafonnement des loyers mais aussi l’augmentation des taxes foncières.

Dans un des derniers CRI, nous avons également évoqué ces questions.

En effet, les communes qui, toutes, ont besoin d’argent et sont en déficit, préfèrent taxer plus fort les propriétaires que les habitants, même si certains propriétaires, minoritaires cependant dans les grandes villes, sont les deux à la fois.

Si les intentions des pouvoirs publics peuvent être louables, soulignait l'économiste, les effets secondaires sont regrettables. Il saisit l’occasion pour rappeler les mots d’un économiste suédois selon lequel « le moyen le plus sûr de détruire une ville, à part le bombardement, c’est le contrôle des loyers ».

La secrétaire d’Etat au Logement pour la Région bruxelloise, Madame Nawal Ben Amou et ceux qui à son cabinet lui dictent sa politique, semblent ignorer les réalités du terrain et, en tous les cas, font passer leur électoralisme viscéral avant l’intérêt véritable de leurs concitoyens.

Ceux qui la soutiennent seront bientôt les premières victimes involontaires de cette politique.

En fait, par ces mesures, les habitations données en location ne peuvent que se raréfier.

Quant aux logements sociaux, la plupart des anciens ne satisfont pas aux normes des régions, spécialement à Bruxelles.

Leur rénovation est extrêmement lente et rend ces appartements ou maisons indisponibles pendant des années.

Les promesses des différents secrétaires d’Etat au Logement à Bruxelles n’ont jamais pu être tenues en ce qui concerne la création de nouveaux logements.

Rappelons notamment celle formulée par Madame Françoise DUPUIS, qui avait promis de construire 5.000 logements sociaux pendant sa présidence, et qui n’est parvenue qu’à en mettre quelques dizaines sur le marché.

François LENGLET prédit une méga-crise du logement et se base sur de sérieuses études

En France, 2,5 millions de ménages attendent un logement social et cette attente peut aller jusqu’à 8 ans. De plus, les chiffres s’aggravent.

La construction annuelle d’environ 80.000 logements ne suffit évidemment pas, d’autant plus que la demande va croissante.

Par ailleurs, comme nous l’avons constaté à Bruxelles depuis de nombreuses années, certains locataires sociaux ne quittent pas leur logement même si leur situation financière ou familiale a changé, en mieux bien entendu.

Ils bloquent ainsi les possibilités d’accès aux personnes qui en ont le plus besoin.

Dans le privé, on constate de plus en plus, comme ce fut le cas au Portugal pendant des dizaines d’années, que les propriétaires ne veulent plus donner leurs biens en location, préfèrent les laisser vides ou les utiliser comme logements pour de courtes durées, surtout dans les régions et villes touristiques. On constate d’ailleurs, malgré les sanctions encourues et appliquées parfois, que les locataires sous-louent, en Airbnb par exemple, les biens qu’ils prennent, à cet effet, en location, et se font des revenus dissimulés considérables et non taxés.

Par ailleurs, tant en Belgique qu’en France, ce qu’il est maintenant convenu d’appeler les passoires thermiques ne pourront plus être mises en location.

Bien sûr, d’un point de vue écologique cela se comprend, mais, faute d’accompagnement public suffisant, les rénovations nécessaires, toujours coûteuses, ne sont pas à la portée des petits propriétaires qui en Belgique sont la majorité des bailleurs.

Quelle politique faut-il donc préconiser ?

Il n’y a pas de solution miracle, mais il faut arrêter de bloquer ou de contrôler abusivement les loyers et, en tous les cas, autoriser leur indexation sur base du coût de la vie.

Il faut se rendre compte que limiter, notamment par une imposition exagérée, les moyens des propriétaires-bailleurs, c’est aussi leur enlever les fonds nécessaires pour la rénovation de leur bien. Augmenter les primes à la rénovation, surtout en matière énergétique, s'impose.

Il faut prendre rapidement des mesures pour accroître le parc locatif, qu’il soit privé ou social, et, pour ce qui concerne le parc privé, pratiquer une politique qui rende attractive l’achat ou la construction de logements à destination locative.

Les investisseurs immobiliers à usage locatif qui ont contribué à créer en Belgique un nombre suffisant de logements dans les années qui ont suivi la guerre, et malgré les destructions de celle-ci, doivent pouvoir retrouver les conditions qui existaient à l’époque et qui ont d’ailleurs contribué, mais peu s’en souviennent, à mettre sur le marché des biens privés à loyer très raisonnable.

Cet article n'est valide qu'à la date où il a été publié.
Vous utilisez un navigateur qui ne prend pas en charge toutes les fonctionnalités du site. Nous vous conseillons de changer de navigateur.
×