Depuis le 1er octobre 2026, la Wallonie a profondément revu son système de soutien à la rénovation. Exit le principe d’une multitude de primes accordées poste par poste : l’aide régionale passe désormais essentiellement par des prêts, avec un soutien renforcé pour les revenus les plus modestes. Le nouveau régime cible en priorité les logements les plus énergivores et impose d’atteindre une amélioration significative de leur performance énergétique.
Priorité aux logements les plus énergivores
Le changement est important. La Wallonie entend désormais concentrer ses moyens sur les rénovations permettant un véritable « saut de label » PEB.
Sont ainsi visés les logements classés PEB G ou F, à condition que les travaux permettent d'atteindre au minimum le label D, ainsi que les logements PEB E, qui devront atteindre au minimum le label C. Des dérogations sont toutefois prévues lorsque l'objectif ne peut raisonnablement être atteint pour des raisons techniques, fonctionnelles ou économiques dûment justifiées.
L'aide n'est donc plus conçue comme une succession de primes pour le remplacement d'une chaudière, l'isolation d'une toiture ou de nouveaux châssis. C'est désormais le projet global de rénovation et le résultat énergétique obtenu qui sont pris en considération.
Deux formules : Rénopack et Rénoprêt
Deux instruments structurent le nouveau régime.
Le Rénopack s'adresse aux ménages appartenant aux catégories de revenus C1, C2 et C3. Il prend la forme d'un prêt à taux zéro, auquel s'ajoute une réduction d'une partie du capital à rembourser. Cette réduction constitue, en pratique, la partie « subvention » du nouveau mécanisme.
Le Rénoprêt vise notamment les ménages de la catégorie C4, mais aussi – point important pour les membres du SNPC – les propriétaires-bailleurs ainsi que les associations de copropriétaires. Son taux est nul ou préférentiel par rapport aux conditions du marché, selon la nature des travaux et la situation du demandeur.
Pour bénéficier du Rénopack, il faut par ailleurs être titulaire d'un droit réel sur le logement et s'engager à l'occuper au plus tard dans les 24 mois de l'octroi du prêt. Les multipropriétaires sont exclus du Rénopack, mais peuvent donc se tourner, lorsqu'ils répondent aux conditions, vers le Rénoprêt.
Quelle aide selon les revenus ?
Pour 2026, quatre catégories de revenus sont prévues :
Revenus imposables du ménage | Taux | Réduction du montant à rembourser |
|---|---|---|
C1 : jusqu'à 28.900 € | 0 % | 50 % |
C2 : de 28.900,01 à 41.100 € | 0 % | 40 % |
C3 : de 41.100,01 à 67.100 € | 0 % | 15 % |
C4 : de 67.100,01 à 122.800 € | variable | aucune |
Ces seuils sont ceux indexés au 1er janvier 2026. Pour déterminer la catégorie applicable, 5.000 euros sont déduits des revenus imposables par personne à charge. La réduction du capital mentionnée ci-dessus comprend une majoration de 5 % lorsque des écomatériaux sont utilisés.
Jusqu'à 75.000 euros pour une maison
Le montant maximal du financement est relevé à 75.000 euros pour une maison unifamiliale, contre 60.000 euros précédemment.
Autre évolution intéressante : ce montant est désormais apprécié globalement. Toiture, isolation, châssis, chauffage et autres travaux éligibles peuvent donc être intégrés dans un seul projet de rénovation, au lieu de faire l'objet d'aides calculées séparément.
La durée effective du financement dépendra du dossier, de la nature des travaux et de la capacité de remboursement du demandeur. Les prêts de rénovation régionaux peuvent s'inscrire sur une durée pouvant aller jusqu'à 30 ans, sous réserve des conditions appliquées par l'organisme prêteur.
L'audit devient le point de départ
Avant de se lancer dans les travaux, le candidat à la rénovation doit faire établir un audit du logement. Celui-ci détermine notamment le niveau PEB de départ, identifie les interventions nécessaires en matière de sécurité et de salubrité et établit les travaux à réaliser pour atteindre le niveau de performance énergétique recherché.
Cet audit sert ainsi de feuille de route : il permet de hiérarchiser les travaux et d'organiser les différentes étapes de la rénovation. Son coût peut lui-même être intégré au financement.
Attention donc à ne pas commencer les travaux avant d'avoir vérifié son admissibilité et accompli les démarches nécessaires. Le premier réflexe doit être de prendre contact avec l'un des organismes ou services chargés d'orienter et de financer le projet.
Depuis le 1er octobre, le dispositif s'appuie notamment sur la Société wallonne du Crédit social (SWCS), le Fonds du Logement de Wallonie (FLW), les Guichets Énergie Wallonie, les Espaces Wallonie et les plateformes locales de rénovation énergétique. La demande de financement auprès de la SWCS peut notamment être initiée via sa plateforme de crédit.
Et pour les propriétaires-bailleurs ?
Le nouveau régime n'est donc pas réservé aux propriétaires occupants. Les propriétaires-bailleurs peuvent bénéficier du Rénoprêt, même s'ils n'ont pas accès au Rénopack dans les mêmes conditions que les propriétaires occupants.
C'est un élément particulièrement important compte tenu du durcissement progressif des exigences énergétiques applicables au parc locatif. Le financement régional peut ainsi contribuer à rendre possible une rénovation énergétique importante sans que le propriétaire doive immédiatement supporter l'intégralité de l'investissement sur fonds propres.
Les copropriétés également concernées
Le Gouvernement a également prévu un dispositif spécifique pour les immeubles à appartements.
Pour les parties privatives, le financement peut atteindre 60.000 euros par logement, sous réserve notamment des conditions de revenus applicables.
Pour les parties communes, l'association des copropriétaires peut obtenir un Rénoprêt à taux zéro pouvant atteindre 60.000 euros par logement, avec un plafond global de :
600.000 euros pour les copropriétés de moins de 20 lots ;
750.000 euros pour celles comptant au moins 20 lots.
Les travaux devront toutefois reposer sur un audit spécifique de l'immeuble à appartements et respecter les recommandations qui y sont formulées.
Cette possibilité mérite une attention particulière pour les copropriétés confrontées à des investissements lourds : isolation de façades ou de toiture, remplacement d'installations collectives, amélioration des performances énergétiques de l'enveloppe du bâtiment, etc.
Une enveloppe qui n'est pas illimitée
Dernier point à garder à l'esprit : contrairement à un système dans lequel toute personne remplissant les conditions disposerait automatiquement d'une enveloppe budgétaire disponible, les organismes prêteurs devront travailler dans le cadre d'une enveloppe annuelle fermée, fixée chaque année par le budget wallon.
Pour un propriétaire qui envisage une rénovation importante, mieux vaut donc préparer son projet suffisamment tôt, réaliser l'audit nécessaire et se renseigner sur le financement avant de commander ou de commencer les travaux.
En pratique
Vous envisagez des travaux ? Commencez par vérifier le PEB actuel du logement et prenez contact avec un Guichet Énergie Wallonie, la SWCS ou, selon votre situation, le Fonds du Logement. L'audit permettra ensuite de définir le programme de travaux et de vérifier si celui-ci atteint le « saut de label » exigé. Ce n'est qu'ensuite que le financement et le calendrier des travaux pourront être arrêtés.
Le passage du système de primes à un mécanisme reposant essentiellement sur le crédit constitue donc un changement profond. Pour les propriétaires, l'enjeu sera désormais de raisonner davantage en termes de rénovation globale du bâtiment qu'en additionnant des interventions isolées.