Le Syndicat National des Propriétaires et Copropriétaires (SNPC) prend acte de la décision du gouvernement bruxellois de débloquer une enveloppe de 56 millions d’euros afin de permettre le paiement des primes à la rénovation relatives aux dossiers de 2024 restés en attente.
Cette décision était indispensable. Elle constitue le strict respect d’un engagement pris envers des citoyens qui avaient introduit leurs demandes conformément aux règles en vigueur. Il est heureux qu’une solution ait été trouvée pour ces dossiers, et il faut le souligner.
Mais cette clarification met en lumière une réalité autrement plus préoccupante : pour l’année 2025, aucune prime ne sera versée durant la période de transition vers le futur système de prêts à taux zéro.
Autrement dit, des propriétaires qui ont engagé des travaux en 2025 – ou qui ont dû les finaliser cette année-là pour des raisons indépendantes de leur volonté – ne pourront bénéficier d’aucune aide. Le message est limpide : il n’y aura rien entre les deux régimes.
Une rupture brutale de confiance
Les primes étaient connues. Les conditions étaient connues. Les propriétaires ont respecté les règles en vigueur au moment où ils ont planifié leurs investissements.
Nombre d’entre eux ont engagé des travaux lourds – isolation de toiture, rénovation énergétique, mise en conformité – sur la base d’un cadre réglementaire existant et d’un mécanisme d’aide publique présenté comme un incitant structurant de la politique régionale.
Aujourd’hui, ces mêmes propriétaires découvrent qu’ils se retrouvent exclus du système, non pas parce qu’ils n’ont pas respecté les conditions, mais parce que le calendrier institutionnel et la transition politique ont bloqué l’introduction ou le traitement des dossiers.
Le SNPC dénonce fermement cette situation. Elle revient à pénaliser des citoyens qui ont agi de bonne foi et en parfaite conformité avec les règles établies.
Des situations humaines préoccupantes
Depuis l’annonce de l’absence de primes pour 2025, le SNPC est interpellé quotidiennement par des membres qui se disent trahis, démunis et profondément inquiets.
Certains nous font part de difficultés financières importantes : travaux déjà financés, emprunts contractés, marges budgétaires épuisées, impossibilité de revenir en arrière.
Prenons l’exemple d’une de nos membres, syndic bénévole d’une petite copropriété bruxelloise de trois appartements. La copropriété a réalisé au début de l’année 2025 une rénovation complète et l’isolation de la toiture pour un montant d’environ 30.000 euros. Ces travaux avaient été décidés en 2024, sur la base des conditions d’octroi des primes alors en vigueur.
Leur exécution a été reportée à 2025 en raison de conditions météorologiques défavorables – un élément totalement indépendant de leur volonté. Par ailleurs, l’impossibilité d’introduire les dossiers durant la période d’absence de gouvernement les a empêchés de faire valoir leurs droits dans les délais habituels
Aujourd’hui, cette copropriété se retrouve sans prime, sans possibilité rétroactive, et sans solution adaptée : un prêt à taux zéro ne peut évidemment pas compenser une dépense déjà engagée et payée.
Ce cas n’est pas isolé. Il illustre une faille majeure dans la gestion de la transition entre deux dispositifs publics.
Des primes qui cessent d’être des incitants
Le SNPC l’a rappelé à de nombreuses reprises : la rénovation énergétique du bâti bruxellois exige stabilité, prévisibilité et confiance.
Or, ces dernières années, les propriétaires ont été confrontés à une succession de modifications de régimes, d’adaptations réglementaires et de changements de conditions. Cette instabilité affaiblit progressivement la crédibilité du système.
Annoncer aujourd’hui que les primes 2025 ne seront tout simplement pas payées revient à envoyer un signal extrêmement négatif à tous ceux qui envisagent d’entamer des travaux dans les années à venir.
Il ne faut pas s’étonner, dans ces conditions, que les primes ne jouent plus leur rôle d’incitant et que la motivation des propriétaires s’effrite. On ne peut appeler à accélérer la rénovation énergétique tout en fragilisant la sécurité juridique et financière de ceux qui s’engagent.
Un appel à une solution équitable
Le SNPC demande instamment au gouvernement bruxellois de prévoir un mécanisme transitoire équitable pour les propriétaires et copropriétés qui :
ont engagé ou finalisé des travaux en 2025 sur la base des règles 2024 ;
n’ont pas pu introduire leur dossier en raison du blocage institutionnel ;
se trouvent objectivement coincés entre deux régimes d’aide.
Abandonner ces propriétaires aujourd’hui, c’est affaiblir durablement la confiance envers les politiques publiques de rénovation.
La transition vers un nouveau système ne peut se faire au détriment de ceux qui ont agi conformément aux règles en vigueur et dans l’intérêt collectif de l’amélioration du bâti bruxellois.
Le SNPC restera pleinement mobilisé pour défendre les droits des propriétaires et copropriétaires concernés et pour exiger la stabilité indispensable à toute politique de rénovation crédible et efficace.
