Le SNPC appelle à un débat fondé sur les données réelles, la responsabilité partagée et le respect mutuel
Les bailleurs lecteurs du quotidien Le Soir ont sans doute dû avaler leur café de travers en découvrant, en une et dans plusieurs articles, les prises de position d’un nouveau syndicat de locataires, Wuune — « habiter » en vieux bruxellois.
Ce collectif s’oppose frontalement à la Commission paritaire locative (CPL) et à son président, Julien Moinil, cité nommément dans la presse. Celui-ci est également bien connu pour son action contre le banditisme en sa qualité de nouveau Procureur du Roi de Bruxelles.
Wuune reproche à la Commission paritaire locative des « questions intrusives », un « manque de transparence », un « mécanisme au détriment du locataire » et une « commission insuffisamment encadrée ».
Le SNPC souhaite aujourd’hui rétablir les faits, refuser les caricatures et réaffirmer son attachement à un modèle collaboratif fondé sur la concertation, la confiance et la responsabilité partagée entre propriétaires et locataires.
Oui au dialogue, non aux procès d’intention
Les critiques formulées par Wuune méritent d’être discutées. Mais elles doivent l’être dans un cadre équilibré, contradictoire et factuel. Elles doivent aussi correspondre à une réalité objectivable, ce qui reste à démontrer à ce stade.
Or, le discours porté par ce syndicat — et relayé dans certains articles — s’appuie sur des récits individuels tout en donnant l’impression que le bailleur serait par principe fautif, voire abusif, et que la Commission paritaire locative prendrait systématiquement position en sa défaveur. Cette présentation est profondément biaisée.
Elle est dangereuse, car elle discrédite injustement des milliers de propriétaires respectueux de la loi, elle fragilise la relation de confiance entre les parties et elle nuit au bon fonctionnement même de la Commission paritaire locative, dont le rôle est précisément de restaurer le dialogue.
À cet égard, les attaques personnelles visant Julien Moinil sont sans fondement. Elles relèvent davantage de la posture idéologique que d’une critique sérieuse du fonctionnement de la Commission. Aucun argument précis ni aucun élément vérifiable ne viennent d’ailleurs étayer ces accusations. Nous espérons qu’il n’est pas pris pour cible parce qu’il tente de rétablir la sécurité à Bruxelles.
Le SNPC rappelle que la Commission paritaire locative fonctionne sans arriéré, qu’elle n’écarte pas systématiquement les demandes des locataires (près d’un quart sont entendues), qu’elle favorise le dialogue entre les parties et qu’elle cible en priorité les situations réellement problématiques.
Nous y participons loyalement, car nous croyons à la concertation, même si toutes les conditions objectives ne sont pas encore réunies.
Quand un cas individuel devient une généralité
Le Soir illustre ses articles par le témoignage d’une locataire d’Ixelles qui explique avoir dû fuir des violences conjugales et se plaint de son logement, qu’elle occupe pourtant depuis dix ans, ainsi que du montant de son loyer, qu’elle juge abusif (825 euros).
Nous voulons être très clairs : cette situation humaine est évidemment dramatique. Mais elle n’a rien à voir avec la question du niveau du loyer.
En choisissant de mettre en avant un seul cas, aussi malheureux soit-il, le journal sème la confusion et laisse entendre que ce type de situation serait représentatif du travail de la commission. Il suggère également, de manière implicite, que le bailleur serait en quelque sorte complice de cette situation, ce qui est profondément injuste.
Dans ce cas précis, le bailleur n’a d’ailleurs pas pu se défendre devant la Commission paritaire locative. Prendre ce dossier comme illustration générale est donc méthodologiquement discutable et contribue à brouiller les repères.
Bruxelles n’est pas hors de prix : remettons les chiffres au centre du débat
Contrairement à ce qui est souvent suggéré, Bruxelles figure parmi les capitales européennes les plus abordables en matière de loyers.
Deux sources très récentes viennent encore de le rappeler :
Loyer moyen pour la prise en location d’un appartement avec une chambre en Europe | ||
|---|---|---|
Ville | Loyer moyen (*) | Charge en % sur le revenu moyen de la ville concernée (**) |
Londres | 2.680 | 74 % |
Zurich | 2.570 | 36 % |
Amsterdam | 2.255 | 52 % |
Paris | 1.900 | 57 % |
Luxembourg | 1.650 | 29 % |
Milan | 1.500 | 73 % |
Madrid | 1.450 | 72 % |
Berlin | 1.220 | 37 % |
Vienne | 1.200 | 38 % |
Bruxelles | 1.100 | 36 % |
(*) source : globalpropertyguide.com, janvier 2026
(**) source : euronews.com, juillet 2025
Cette réalité tient à une caractéristique essentielle du marché belge : l’importance des petits bailleurs privés.
Ce sont eux qui amortissent les hausses, qui n’indexent pas toujours systématiquement, qui privilégient la stabilité à la rentabilité maximale et qui entretiennent une relation humaine avec leurs locataires.
C’est un modèle collaboratif, fondé sur la proximité, la confiance et la responsabilité individuelle. Et c’est précisément ce modèle que certains courants idéologiques refusent, car ils souhaitent un système entièrement administré par l’État.
Le SNPC défend au contraire la diversité des acteurs, la complémentarité entre public et privé, et une approche pragmatique du logement.
Une grille des loyers faussée : un problème structurel
Nous participons à la CPL malgré un problème majeur : la grille actuelle des loyers est faussée.
Elle repose sur des données collectées entre 2017 et 2020, souvent issues de baux bien plus anciens. Elle ne reflète plus la réalité du marché actuel. Elle n’intègre pas encore les baux enregistrés depuis janvier 2025. Elle ne respecte pas la logique même du loyer médian prévue par la loi.
Les chiffres issus des réponses parlementaires sont éloquents : seuls 34,5 % des loyers enregistrés sont inférieurs au loyer de référence, alors que ce chiffre devrait être proche de 50 % (Question écrite n° 236, député Louis de Clippele, non encore publiée)
Même la Secrétaire d’État au Logement reconnaît qu’une nouvelle grille devra être mise en place d’ici fin 2026. (Question écrite de la députée Imane Belguenani, non encore publiée)
Ce que nous demandons
Le SNPC revendique une réforme sérieuse, méthodologique et concertée de la grille des loyers.
Nous demandons une grille basée exclusivement sur les baux réellement en cours, une période de référence limitée aux quatre dernières années correspondant à la rotation moyenne des locataires à Bruxelles, une méthodologie transparente et une concertation structurelle avec les représentants des bailleurs.
Ces revendications ont été reprises dans la note du formateur Yvan Verougstraete en vue de la formation d’un nouveau gouvernement bruxellois. Nous saluons le soutien exprimé par DéFI et Les Engagés.
Nous espérons que les autres partis actuellement autour de la table des négociations (PS, Ecolo, Groen, Vooruit) ne remettront pas en cause cette avancée et comprendront que la stabilité du marché locatif passe par une concertation sincère.
Construire plutôt qu’opposer
Le SNPC refuse la logique de confrontation permanente. Nous voulons construire, pas stigmatiser.
Si le logement public et le logement à bas prix gérés exclusivement par l’État constituaient une solution miracle, la crise serait déjà derrière nous. Or ce n’est pas le cas.
La réalité est plus complexe. Elle exige des données fiables, du respect mutuel, des politiques réalistes et un dialogue permanent.
C’est ce modèle collaboratif que nous défendons. C’est cette concertation que nous voulons poursuivre.
Et c’est pour cela que le SNPC continuera à s’engager, fermement mais de manière constructive, pour un marché locatif juste, humain et durable.