Pause café avec Patrick Willems : « Construire aujourd’hui le SNPC de demain »

Le CRI n°500 - Janvier 2026
Pause café avec Patrick Willems : « Construire aujourd’hui le SNPC de demain »

Engagé et attentif aux réalités de terrain, Patrick Willems est depuis huit ans le secrétaire général du SNPC. Dans cette Pause Café, il nous parle du SNPC, de son évolution et de la manière dont il se construit pour l’avenir. Il nous apporte également son regard sur la crise du logement et sur la place essentielle des propriétaires privés dans les solutions à venir.

Patrick, comme le veut la tradition de nos Pause Café, on commence par une question simple… Comment buvez-vous votre café ?

Aah ! J’adore le café. J’en bois sans doute trop d’ailleurs. J’aime les petits cafés. De préférence un espresso avec un peu de lait. En France, ils appellent ça un “noisette”…

Vous êtes secrétaire général du SNPC depuis maintenant huit ans. Comment êtes-vous arrivé au SNPC ?

C’est avant tout le hasard d’une rencontre, comme souvent dans mon parcours professionnel. Avec un ami, nous avons fondé il y a 22 ans l’asbl Agora, une association engagée dans la réflexion citoyenne et la transmission de la mémoire. Dans ce cadre-là, nous organisons notamment des voyages pédagogiques à Auschwitz.

Olivier Hamal, qui était déjà président du SNPC, a participé à l’un de ces voyages. Nous avons beaucoup échangé, discuté de nos parcours et de nos engagements respectifs. C’est à ce moment-là qu’il m’a parlé du SNPC, de son rôle, de ses missions, et aussi d’une opportunité professionnelle qui se présentait.

Je dois être tout à fait honnête : à ce moment-là, je ne connaissais pas vraiment le SNPC. Je ne mesurais pas encore l’ampleur de son action ni l’importance de sa place dans le paysage institutionnel. Mais le défi m’a séduit. Il y avait quelque chose de très stimulant dans cette idée de défendre des citoyens souvent caricaturés, parfois mal compris, mais pourtant essentiels au fonctionnement de notre société. J’ai postulé… et me voilà, huit ans plus tard.

Justement, après ces huit années, qu’est-ce qui vous a le plus marqué au SNPC ?

La première chose qui m’a frappé, c’est l’importance du service rendu. Le SNPC est avant tout une organisation de terrain, au service des propriétaires, des copropriétaires et, de manière très spécifique, des bailleurs privés.

On oublie souvent que la majorité de ces personnes ne sont pas des professionnels de l’immobilier. Ce sont des citoyens “ordinaires” qui possèdent un bien, parfois deux, parfois parce qu’ils ont investi, parfois parce qu’ils ont hérité. Et ils veulent, dans l’immense majorité des cas, faire les choses correctement.

Or, la législation est devenue extrêmement complexe. Les règles changent, se multiplient, varient selon les Régions. Le service juridique du SNPC est donc un soutien absolument essentiel. Il permet à ces propriétaires de poser des questions, d’avoir des réponses claires, de se rassurer aussi. Il y a une vraie volonté, chez beaucoup de bailleurs, de respecter la loi, d’entretenir de bonnes relations avec leur locataire, et le SNPC les aide concrètement à y parvenir.

Vous parliez aussi de la copropriété. C’est un domaine qui vous a particulièrement marqué ?

Oui, très clairement. La copropriété est un monde en soi. Quand on achète un appartement, on ne se rend pas toujours compte de la complexité de la gestion collective qui se cache derrière : assemblées générales, syndics, budgets, travaux, responsabilités juridiques… C’est souvent une découverte brutale.

Beaucoup de copropriétaires se sentent démunis, parfois dépassés. Là encore, le SNPC joue un rôle essentiel. Il apporte des réponses, de la pédagogie, du cadre. Il permet aux gens de mieux comprendre leurs droits, mais aussi leurs devoirs. Et quand on voit à quel point la copropriété est devenue centrale dans l’habitat urbain, on se rend compte à quel point ce rôle est indispensable.

On constate d’ailleurs que nos membres sont très investis dans la gestion de leur copropriété, puisque 42 % des copropriétaires sont membres d’un conseil de copropriété. Cela montre à quel point ils s’impliquent concrètement dans la vie et le bon fonctionnement de leur immeuble.

Défendre les propriétaires aujourd’hui, est-ce devenu plus difficile, notamment dans un contexte de crise du logement, particulièrement à Bruxelles ?

Oui, c’est clair. Et c’est sans doute l’une des choses qui m’a le plus marqué depuis que je travaille au SNPC. Le débat public a tendance à opposer systématiquement locataires et propriétaires. Comme si défendre les uns revenait automatiquement à attaquer les autres.

Je pense que c’est une erreur fondamentale. Dans une relation locative, il y a deux parties qui sont des partenaires. Propriétaire et locataire ont besoin l’un de l’autre. Et si l’on veut réellement apporter des solutions à la crise du logement, il faut sortir de cette logique d’affrontement.

"On ne résoudra pas la crise du logement en opposant propriétaires et locataires"

Pensez-vous vraiment qu’il soit possible d’associer les intérêts des propriétaires et des locataires, voire de développer des projets qui rencontrent les attentes des deux parties ?

Évidemment. Et j’irais même plus loin : c’est le chemin que l’on doit absolument prendre. Des solutions existent, et elles fonctionnent. Je pense notamment aux AIS, les agences immobilières sociales. Elles démontrent qu’avec l’appui des propriétaires privés, il est possible de proposer des logements à loyer modéré.

Mais les AIS démontrent aussi deux choses très importantes. D’abord, que les loyers modérés sont rendus possibles notamment grâce à des subsides. On n’est pas à l’équilibre financier sur ce type de projet. Et d’ailleurs, si proposer des loyers très bas était si simple et rentable, on peut légitimement se demander pourquoi le monde politique ne développe pas massivement ce type de dispositifs par lui-même.

La deuxième chose, c’est que les propriétaires sont prêts à percevoir des loyers moindres si on leur enlève une partie des charges, de la charge mentale et des risques, par exemple celui des loyers impayés. Lorsqu’on sécurise le cadre, les bailleurs sont prêts à jouer le jeu.

Le monde politique, en particulier à Bruxelles, me semble faire fausse route. Les pouvoirs publics ont besoin des propriétaires privés. On observe pourtant souvent une forme de satisfaction chez certains à l’idée que des bailleurs privés quittent le marché bruxellois et décident de vendre son bien, réaction que l’on constate en ce moment face à l’accumulation de législations à leur encontre.

Mais l’idée selon laquelle les locataires ou des personnes qui n’ont pas accès au logement rachèteraient ces logements est largement illusoire. Dans la majorité des cas, les acheteurs sont des professionnels de l’immobilier ou des sociétés disposant de moyens financiers importants. Ils rénovent lourdement les biens, souvent avec l’objectif de les faire monter en gamme. Cela signifie pour eux des loyers plus élevés, mais aussi un risque moindre d’impayés.

Résultat : ces logements changent de segment. Ils sortent du parc des logements abordables pour rejoindre le haut de gamme, avec des loyers nettement moins accessibles. Ce phénomène ne fait donc que réduire l’offre de logements accessibles et ne constitue en aucun cas une solution à la crise du logement.

Le logement public a ses limites, notamment en termes de financement. Penser que l’on pourra résoudre la crise du logement sans s’appuyer sur le parc locatif privé est illusoire.

Vous parlez souvent de caricature des propriétaires…

Oui, malheureusement. On parle parfois des “multipropriétaires” comme s’il s’agissait d’une catégorie homogène de rentiers fortunés, un verre à la main au bord d’une piscine. Cette image est totalement déconnectée de la réalité.

Cette opposition systématique entre bailleurs et locataires est aussi très révélatrice d’un jeu politique. On ne peut pas, dans un même temps, prétendre vouloir travailler avec les propriétaires et en faire des partenaires, et dans l’autre, les montrer du doigt, les caricaturer, les associer à des termes comme “rentiers” ou “parasites”. Les mots ont un sens. Et à force d’être répétés, ils percolent dans l’esprit des citoyens. Ce n’est pas une démarche constructive.

Notre enquête récente le montrait très clairement : la grande majorité de nos membres sont des petits bailleurs, des personnes qui possèdent un ou deux biens, parfois trois. Ces bailleurs ne sont pas à la recherche d’une rente.

La plupart du temps, ils veulent préserver ou conserver un bien familial, parfois hérité, ou ils investissent dans la brique avec l’objectif de disposer, au moment de la pension, d’un petit revenu complémentaire. Et très souvent, cela implique aussi le remboursement d’un prêt hypothécaire. Dès lors, lorsque les charges augmentent, il ne faut pas être surpris que cela ait un impact sur les loyers.

Justement, les charges qui pèsent sur les bailleurs sont-elles réellement si importantes ?

Oui, clairement. Les charges, notamment fiscales, sont multiples et proviennent de tous les niveaux de pouvoir. Et le monde politique a bien compris qu’on ne peut pas déplacer un immeuble à l’étranger. L’immobilier est donc une cible facile.

On le voit très concrètement : dans un même temps, certains veulent limiter l’indexation des loyers, mais parallèlement, les communes augmentent fortement le précompte immobilier. À Forest, par exemple, il a augmenté de 26 % sur une seule année en 2023. À Anderlecht, c’est une hausse de 50 % entre 2018 et 2023. Ce ne sont que deux exemples. Il serait naïf de penser que cela n’a aucun impact sur les loyers.

La complexité de la législation se traduit-elle aussi par des obligations très concrètes pour les propriétaires ?

Tout à fait. Un exemple très parlant, ce sont les détecteurs de fumée. C’est une obligation que tout le monde connaît vaguement, mais dont très peu de gens maîtrisent réellement les détails.

La législation a évolué, notamment à Bruxelles. Peu de propriétaires savent par exemple qu’à partir de quatre détecteurs dans un même logement, ceux-ci doivent désormais être obligatoirement interconnectés. C’était déjà le cas en Wallonie, et c’est maintenant aussi une réalité à Bruxelles.

Quel est le rôle du SNPC à ce niveau-là ?

Nous ne faisons pas que rappeler les obligations. Nous accompagnons concrètement. Le SNPC développe une offre de détecteurs de fumée que les membres — et même les non-membres — peuvent acquérir. Mais surtout, nous les guidons.

Sur base des plans que les propriétaires nous transmettent, nous leur indiquons combien de détecteurs sont nécessaires, dans quelles pièces les placer, et s’ils doivent être interconnectés ou non. Les règles varient selon les Régions : en Wallonie, cela dépend notamment de la surface du logement, tandis qu’à Bruxelles, ce sont d’autres critères qui entrent en ligne de compte, comme le chemin d’évacuation entre les chambres et la porte de sortie.

C’est un exemple très concret de l’utilité du SNPC : informer, anticiper et accompagner.

Vous avez présenté récemment le nouveau logo du SNPC. Un nouveau départ pour 50 années de plus ?

(Rires) Oui, on peut le voir comme ça. Et je lui souhaite en tout cas !

Cet anniversaire a été l’occasion d’une réflexion de fond sur ce qu’est le SNPC aujourd’hui et ce qu’il sera demain. Le nouveau logo n’est pas un simple changement de façade. Il traduit une volonté de modernisation, d’ouverture et de projection vers l’avenir.

Concrètement, qu’est-ce que cela signifie pour les membres ?

De nouveaux services, pensés à partir de leurs besoins. Nous travaillons notamment au lancement d’un chatbot juridique, une assistante virtuelle disponible 24 heures sur 24, capable de répondre à de nombreuses questions de base.

Nous développons également un bail en ligne, totalement digitalisé, et améliorons notre service d’indexation automatique. Tout cela s’inscrit dans la continuité de la refonte complète de notre site internet et de la mise en place d’un véritable espace membre.

On pourrait parler d’un SNPC 2.0 ?

Oui… et non. 2.0 parce que nous intégrons des outils digitaux modernes. Mais surtout dans la continuité. Le cœur du SNPC reste le même : un service juridique de qualité, un accompagnement personnalisé, des publications et un travail de représentation pour défendre les intérêts des propriétaires et copropriétaires. Il ne s’agit pas d’effacer le passé, mais de construire l’avenir sur des bases solides.

Patrick Willems, merci pour cette Pause Café que vous avez accepté de partager avec les lecteurs du CRI. Nous souhaitons, bien évidemment, encore de nombreuses et belles années au SNPC.

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